Extraits de l’ouvrage « Divine Attitude – Journal d’une Chrysalide »
… « Ce qu’il y a de magnifique dans toute tragédie, c’est qu’elle vous livre tout entier à son intensité, c’est qu’elle vous captive par toute sa beauté, c’est qu’elle vous soulève intégralement dans toute sa splendeur, c’est qu’elle contient complètement en elle — comme souffle le vent de la vie sur les vagues océaniques — la lyrique dimension dramatique et humaine, c’est qu’elle vous confronte à tous vos idéaux, c’est qu’elle vous bouscule au plus profond de vous, au risque de vous écarteler, au risque de vous disperser, mais elle vous dépose, intact et neuf de l’instant, sur un rivage vierge, avec un regard nouveau et vous recompose alors sur la partition du destin sans bémols à la clé, tantôt sur des sables émouvants et mouvants, tantôt étonné sur des dalles bétonnées, pour que vous puissiez enfin vous reconstruire et vous régénérer pour une nouvelle éternité instantanée, sans cesse remise en cause par la spontanéité de l’instant d’après, celui qui vous fait face, toujours, virginal et inexploré moment d’où vous êtes l’Unique quand l’Unique c’est vous et que la vague lucide arrive et puis vous noie sous son désespoir de chimères glacées d’effrois et d’utopies fantastiques, et puis plus rien, et puis attendre seul, et puis se taire, et toujours laisser la place vacante devant l’inexploré, devant l’Ultime, enfin … » …
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… « S’ouvrait alors en moi la grande cicatrice originelle, celle que seule justement l’acceptation inconditionnelle et l’abandon permettraient de panser. Il pleuvait alors dans mon cœur des confettis de larmes, comme pour me signifier la fin de la fête dans le grand bal des âmes. Désormais je me savais congédié par ce Cuir Mauresque…
Dans ma douleur, je savais que pour Brigitte je ne serai jamais plus ni son cavalier, ni son chevalier servant. Et puis, quand la tristesse s’en est allée et que ma peine pourtant complice s’ensablait dans ma grisaille mouvante, je me retrouvais seul. Seul, comme un enfant abandonné et qui a lâché la ficelle du seul ballon qu’il avait, une baudruche gonflée aux voiles d’un désespoir mort-né et tout juste envolé sous le vent de la vie, sous le vent de l’ennui. Alors, sous le feu de mon intériorité, la révolte commençait à gronder.
Pour calmer cette braise d’alarme émotionnelle qui couvait sous l’outrage cuisant, signe annonciateur d’une colère larvée, j’aurais écrit mille fois « je bénis et pardonne à ceux qui m’ont offensé » sur le cahier des punitions. Mais la Vie n’est pas une école comme les autres et sur son grand livre de la destinée, l’annotation de nos repentances ne se rédige qu’à l’imparfait des heures de colles. Écrivain repenti en classe maternelle, mes écrits me semblaient si vains que je ne pouvais que constater ma détresse sans appel, pour ma déesse à tire d’elle… Et ce ressentiment qui enflait alors en moi, simplement parce que je ne le voulais pas ! Et la surface de mon être gonflait d’une rancœur maudite, d’une hostilité malsaine. J’étais comme soulevé par ces tensions internes, à la manière de la houle qui roule sur une mer « plissonienne », toute échevelée d’écume, la bave océane sifflant entre les vagues ensorcelées.
Je n’avais point l’âme verte, de ce vert émeraude et marin qui coiffe et recoiffe les orphelins coquillages d’une dentelle d’algues errantes. À vrai dire, j’étais plutôt proche de « l’outrenoir », cette couleur intense et inventée, ce méta-noir au-delà de sa sombre origine, comme un pléonasme chromatique qui nous extirpe vers la lumière, dans la lumineuse passion métaphysique du peintre Pierre Soulages. Puisque je n’avais plus le choix des larmes, il ne me restait que le choix des armes. C’était une solution que je ne voulais pas subir, mais avais-je le recul nécessaire pour ne pas me laisser entraîner par ces émotions négatives ?
Je veux parler de cette indignation, de cette irritation même, de cette rage tout au fond de moi, et qui défiguraient habilement mon observateur intérieur en l’emportant vers des sillages déformants, la conscience imbécile plaquée sur l’inclémence et la condamnation. L’idée même d’imaginer Brigitte parfumée par Sébastien, m’infligeait une véritable torture. J’étais de plus en plus hors de moi, le terme – il faut le souligner – est si criant de vérité... Hors de moi, comme dans un duel au soleil, mais sous un soleil noir alors noirci du fameux outrenoir, cette intensité d’absolu à m’en crever les yeux et derrière laquelle se trouve la lumière, quand les deux extrêmes s’épousent parce qu’ils se rejoignent toujours…
Sous ce tiraillement d’aveuglance, j’avais la face cachée, ou plutôt non, j’avais la face cassée. Ce masque d’intolérance grimé par la souffrance, me déguisait d’une laideur d’esprit que je m’efforçais de rejeter en vain. J’avais honte de ce que je me croyais inexorablement devenir. Bientôt je ne serai même plus en mesure d’accepter, voire de comprendre le comportement des « amoureux de Cuir Mauresque ». Toute lutte est toujours inégale, mais surtout du point de vue de celui qui la subit, ajouterais-je ! Et puis, comme un déchet, soudain la tentation du rebut en partance infernale vers la déchetterie du bout du quai, seul lieu d’émancipation de ma nature intime car devenue infecte. De découdre de moi, je ne le pouvais plus. Alors, le cœur en berne et disloqué par ma vie devenue tourmentée, l’œil hagard au creux du nid de la jalousie, je me vomissais à rebours de moi-même… » …
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… « Je m’efforçais de garder le contact en maintenant fermement l’attention sur ce que je percevais, à la limite de ma perte créée par une sorte d’absence tandis que je me laissais absorber et dissoudre par l’expérience perçue. Tout en devenant ce témoin neutre qui grandissait en moi, une douce quiétude s’empara de mon être. Cette simple et magnifique plénitude me gagnait tout entier, lorsque j’étais « bien calé » dans ce ressenti, que mon attention était à son paroxysme et que la « Présence » intérieure m’inondait des ses vibrations. Sans opinions ni jugements, la neutralité me conférait la jouissance d’une béatitude scellée sur l’acceptation de ce qui EST ici et maintenant.
Tout est lié, le présent ne peut être perçu que dans l’attention passive, bienveillante et neutre. Comme en méditation - où souvent on se symbolise soi-même intérieurement comme un pare-brise utilisant un mantra en guise d’essuie-glace à pensées - pour devenir la vitre transparente de la neutralité consciente, c’est avec l’éponge de l’acceptation que l’on sèche les gouttes éparses de l’averse de nos avis, de la bruine de nos sentences et de l’ondée de nos points de vue… Mais dans la vie de tous les jours, comment être attentif à l’autre si on est en proie à des attentes, à des craintes, ou à des jugements surfaits ?
Seule l’attention dans le moment présent - dans ce qui est - peut permettre de prendre le recul nécessaire et faire grandir en nous la conscience nous permettant enfin d’être en vraie relation avec l’autre sans le masque des émotions, des demandes, des appréhensions, car cette attention c’est l’amour… Et pour être attentif sans faille, il faut être disponible à l’autre, à son écoute intense et exclusive, en renonçant à écouter son mental pour lui laisser vierge son espace intérieur, jusqu’à l’apparition de la présence, cette présence de la Conscience que nous partageons tous ! Justement, seule la vigilance de l’observateur permet d’échapper au mental.
Mais pourquoi jugeons-nous ? Sans doute pour revendiquer notre identité individuelle, pour donner toute son existence à notre mental factice, et parce que nous avons des attentes. Il est donc clair que nous nous comparons aux autres pour mieux exprimer notre existence et manifester nos différences. Celles-ci font que nous utilisons l’autre pour les satisfaire au travers de nos intérêts psychologiques, c’est-à-dire de nos rapports de séduction ou de prise de pouvoir sur notre prochain, car rien n’est jamais gratuit au niveau de l’ego.
Les attentes sont bien à l’origine des dépendances qui nous enchaînent à nous-mêmes et à la souffrance. Ces attentes existent car nous nous sommes coupés de notre vraie nature, mais aussi parce qu’une pulsion naturelle et subtile – issue de la Pure Conscience - tente de nous relier avec l’universel en traversant les couches imparfaites et épaisses de notre mental en ébullition. Alors, dans les strates grossières de l’ego, cette pulsion d’amour raffinée et délicate qui nous invite à la fusion divine se teinte des filtres de nos blessures, de nos empreintes et prend la forme de tout l’éventail de nos attentes, de nos désirs, de nos demandes…
De quoi en perdre mon latin, ou pourquoi pas mon « ego », qui précisément dans cette langue morte veut dire « moi », cette identification au mental individuel que justement je voudrais tant voir mourir au profit de la résurrection du Soi universel !
Regardant vraiment mes jugements, mes opinions à la lumière de la Conscience, je comprenais le poids du conditionnement et des idées toutes faites lestées de l’opinion publique ! Raffiné à la forge de la Conscience par la force d’attention du témoin neutre, progressivement l’inconscient se fond dans le conscient, et alors le champ de connaissance du conscient s’élargit par des capacités perceptives et intellectuelles plus développées ; voilà encore un autre privilège de l’observateur ! » …
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